Quand la technique ne suffit plus

De part mes expériences en tant que développeur logiciel, les divers articles et ouvrages que je lis, les conférences auxquelles j’assiste, je me forge ma propre opinion sur l’importance de la technique en tant que développeur. Au fil de ces expériences, ouvrages, conférences, j’en suis arrivé à une conclusion toute personnelle que la technique ne suffit plus. L’article de Quentin Adam, CEO de CleverCloud, “Je n’embauche jamais de poisson pané. Alors arrêtez de vous présenter comme tel.” a fait écho dans mes réflexions ; si vous ne l’avez pas encore lu, je vous le recommande.

Cette conclusion va pourtant à l’encontre de notre époque, où les candidats se présentent comme fullstack (souvent en ne sachant pas réellement le sens de ce terme, s’il en a vraiment un), les entreprises publient des offres d’emploi où elles recherchent des ninjas du développement, des awesome developers tout en insistant sur le fait qu’elles utilisent des technologies à la pointe comme J2EE et VBScript… Sans vouloir dénigrer l’une ou l’autre partie, j’estime que cela est une perte de temps pour 1°/ le développeur tenté d’y postuler pour se rendre compte que l’esprit de l’entreprise ne lui correspond pas, 2°/ pour l’entreprise elle-même qui réalise durant un entretien avec le candidat qu’il ne correspond pas humainement à ses attentes et 3°/ car les technologies sont en constantes évolutions. Il nous suffit de constater que les outils JavaScript mutent tous les six mois, que les langages de programmation ne cessent de se multiplier et que les technologies de virtualisation varient du tout au tout.

Si en tant que développeur je souhaite être à la page, je n’aurai d’autres choix que d’être attentif aux nouveautés, à tester celles pour lesquelles je développe un intérêt plus particulier que pour d’autres, et cela de manière continuelle et assidue.

Je ne suis pas en train d’affirmer que la technique a un intérêt négligeable, simplement qu’elle n’a peut-être pas le monopole, selon moi, dans notre métier (de développeur).

La maîtrise de sa langue

Peut-être avons-nous tendance à oublier qu’un développeur ne fait pas qu’écrire du code mais il écrit de la documentation (ou du moins devrait), rédige des emails, participe à des réunions, interagis avec d’autres personnes. Malgré toutes ses interactions, je ne cesse de constater à quel point il est de plus en plus difficile de maîtriser correctement sa langue maternelle: phrases écrites en langage texto, contenant sept fautes d’orthographes pour quatre mots, composées de langage parlé, composées d’anglais et de français, etc. Bien que la langue française soit l’une des plus compliquée au monde, les correcteurs orthographiques sont de plus en plus performants et présents quasiment dans tous nos outils de communication tels que notre navigateur web, notre client email, notre traitement de texte. Alors j’ai de plus en plus de mal à accepter des phrases du genre “Nous avons constaté votre problème. Pensé-vous qu’il est possible de que cela vient de votre server ?”.

A titre personnel, cela ne me donne absolument pas confiance en mon interlocuteur. Cette mauvaise maîtrise de la langue française ne devrait pas remettre en cause les compétences de ce dernier, pourtant j’estime que cela n’est pas professionnel.

Depuis quelques années j’ai repris goût à la langue française et je m’efforce de l’utiliser au mieux :

  • j’essaie, tant que faire se peut, de ne pas employer de termes anglais au beau milieu de mes discours/documents :
    • je n’écris pas server mais serveur ;
    • je n’écris pas feature mais fonctionnalité ;
    • je ne forward pas un email, je le transfère ;
    • je ne reboot pas un serveur, je le redémarre.
  • j’essaie d’éviter les expressions orales, le parlé, à l’écrit :
    • “J’ai oublié de faire la doc” devient “J’ai oublié d’écrire la documentation”
  • j’essaie de faire des phrases grammaticalement correctes :
    • “J’ai pas envoyé le mail” devient “Je n’ai pas envoyé l’email”
  • j’essaie d’avoir un langage correct, non familier

Cela peut paraître ridicule, trop strict, mais m’apprend à mieux communiquer avec mes collègues, à éviter les quiproquos, à éviter de perdre trop de temps à tenter de me faire comprendre.

La communication

On évoque régulièrement la communication comme un art. Un art qu’il est bon de savoir maîtriser pour être sûr de transmettre convenablement nos idées, nos valeurs, nos points de vue, mais aussi afin de comprendre ce que l’on attend de nous.

J’ai l’occasion de régulièrement me rendre compte qu’il m’arrive de ne pas exposer l’ensemble d’un contexte lors d’une discussion, résultant à une incompréhension de mon interlocuteur. Cela peut également se produire lors d’un choix technique où une option parfaitement claire dans mon esprit, aboutissant au fait que je n’évoque pas pourquoi elle l’est, et à une incompréhension de la part de mon interlocuteur.

Il est aussi important de parfois savoir quand interrompre une discussion afin de se rendre compte que les deux parties n’ont pas la même définition d’un terme, d’un concept, ou qu’elles ne traitent pas du même sujet et que cela mène à un quiproquos. Nombre de fois j’ai préféré interrompre temporairement une discussion afin de m’assurer que mon interlocuteur et moi-même évoquions le même sujet, pour demander une clarification sur un terme ou un concept ou simplement pour simplifier le débat. En effet, une discussion peut rapidement se diversifier et aborder des sujets ou problématiques qui n’en étaient pas le sujet.

Enfin, il est bon de savoir être attentif à la discussion à laquelle nous prenons part afin de bien cerner l’objet de cette dernière, de s’assurer que l’on comprenne bien ce que souhaite nous transmettre notre interlocuteur. Cette écoute est aussi une preuve de respect envers notre interlocuteur et un signe de professionnalisme.

Cette maîtrise de la communication, permet bien souvent d’éviter une frustration comme une incompréhension de la part des parties y prenant part, mais aussi d’éviter une perte de temps superflue alors que ce dernier est précieux.

Le discernement

Dans notre métier de développeur, les technologies évoluent à une vitesse vertigineuse et nous sommes très souvent tenté de les adopter. Mais cette passion de notre métier doit aussi être accompagnée de discernement. La nouvelle version d’un outil est-elle vraiment indispensable à mon besoin ? Qu’apporte-t-elle ? Corrige-t-elle un dysfonctionnement que j’ai dû contourner ? Quel sera son impact dans mon projet ? Voici quelques exemples de questions que j’aime à me poser. Dans certains cas, elles m’aident à décider de ne pas utiliser cette nouvelle version pour diverses raisons : ne pas introduire de fragilités dans mon projet, m’éviter de requalifier cet outil.

Afin de réaliser une nouvelle fonctionnalité, nous pouvons être amené à choisir entre plusieurs outils : l’un très à la mode, convenant à mon besoin mais amenant des fonctionnalités inutiles à mon besoin, l’autre plus adapté à mon besoin mais moins populaire. Ni l’un ni l’autre ne peut être un mauvais choix car nous pouvons nous baser sur d’autres points pour arrêter notre choix : la communauté autour de l’un ou l’autre est plus importante et pourra nous aider à le mettre en place, en tirer pleine partie, la régularité des mises à jour (trop de mises à jour rapprochées ne témoignent-t-elles pas une instabilité de l’outil ?), la réactivité du support.

Faire preuve de discernement permet d’essayer de choisir les outils répondant au mieux à mon besoin, mon cœur de métier et de parfois éviter des écueils dû à une analyse trop brève de mon besoin et des outils disponibles.

Le courage

Lorsque l’on pense au métier de développeur, le courage n’est pas la première qualité que nous attribuerions à ce dernier. Pourtant il s’agit de l’une des qualités essentielle à mes yeux en tant que développeur. Lors de réunions de préparatifs aux développement, il nous est parfois demandé si une fonctionnalité (souvent des plus importantes) est réalisable ou non. Il m’est déjà arrivé (aux balbutiements de ma carrière) de penser que non, elle ne sera pas réalisable, et de ne pas affirmer mon opinion mais plutôt de le nuancer par un peut-être. A l’arrivée de la date butoir des développements, la fonctionnalité n’a pas pu être réalisée et terminée. Cela n’a fait qu’apporter frustration aux équipes ayant porté ce développement, et s’en est suivi une phase où une solution a dû être trouvée.

La lecture de l’ouvrage Clean Code de Robert C. Martin (que je vous recommande grandement) m’a fait prendre conscience de l’importance de savoir dire non. Il ne s’agit pas de dire non sans aucune raison valable mais d’avoir le courage de le dire tout en expliquant nos raisons : les délais impartis sont trop courts, les technologies actuelles ne le permettent pas, les compétences nécessaires à la faisabilité ne sont pas maîtrisées. Cela pourra engendrer une déception de la part de votre interlocuteur, mais ne signifie pas qu’il vous en tiendra rigueur.

Le courage doit aussi nous permettre de dire oui là où peut-être d’autres diront non. Oui parce que nous entrevoyons une solution, nous avons une idée, nous avons des compétences, nous avons des connaissances, nous arrivons à convaincre.

Des situations délicates peuvent également survenir au sein d’une équipe et d’une entreprise et il peut-être nécessaire de se saisir de courage afin d’en informer, d’en discuter avec ses collègues et sa hiérarchie. Ce courage permet d’éviter des situations de malaise, de mal-être nuisant à l’intérêt de son équipe ou de son entreprise. Cependant nous pouvons avoir des craintes à les évoquer pour diverses raisons (des représailles, des remarques inappropriées) et les surmonter peut-être difficile.

Le courage est une force démontrant notre intérêt pour le produit, pour notre équipe, pour notre entreprise. Il appuie notre investissement de contribuer à développer un produit robuste, innovant et éthique.

L’attitude

Chaque être humain a ses forces et faiblesses, son histoire, ses opinions. Le travail en équipe nécessite d’adapter son attitude à l’entreprise au sein de laquelle on évolue. Au cours de notre vie nous surmontons des épreuves, nos collègues également. Nous devrions savoir prendre sur nous et ne pas en pénaliser nos collègues par des sautes d’humeur, des remarques désobligeantes. Ce genre d’attitude ne nous permettra pas de surmonter plus aisément les épreuves de notre vie et risquera d’instaurer une ambiance délicate avec ceux avec qui nous passons la majeur partie de notre journée.

Une attitude aimable, serviable et attentionnée permet de renvoyer une image positive de nous même et participe à la bonne entente générale ainsi qu’à la cohésion de notre équipe : nos collègues n’hésitent pas à nous demander de l’aide tout en n’hésitant pas à nous recommander en cas de besoin. Elle est également source d’apprentissage pour nous même en nous offrant l’opportunité de découvrir des méthodologies, des outils. Elle permet également de faire en sorte que nous soyons et nous nous sentions un membre à part entière de l’équipe et non un développeur marginal.

Avoir une attitude et une discipline respectueuse des procédures, du traitement de l’information qui nous est fournie, permet de renvoyer une image positive de nous même, démontrant notre aptitude à nous adapter, à être concentré. Une attitude positive nous aide à trouver des solutions dans des situations semblant compromises car nous ne nous contentons pas d’être focalisés sur un problème mais au contraire de le surmonter.

Le développeur moderne

Il est important à mes yeux que le métier de développeur soit un peu moins stigmatisé : un développeur n’est pas nécessairement une personne à lunette, s’habillant avec des t-shirt amples avec des inscriptions incompréhensibles, ayant un vocabulaire limité, ne parlant qu’à une poignée de connaissances et passant ses soirées à jouer à des jeux vidéos. Il n’y a pas besoin d’être développeur pour ça.

Il est également important de se rendre compte qu’actuellement beaucoup de développeurs maîtrisent tel ou tel langage, telle ou telle technologie. Si en tant que développeur vous souhaitez être compétitif, choisi lors d’un entretien d’embauche, la différence ne se fera peut-être pas sur vos compétences techniques mais sur vos compétences humaines.

C’est cela qui m’amène à penser que la technique à elle seule ne suffit plus.

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